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100piecesONLY - Work in progress


 

Le besoin de s'alléger est dans l'air du temps. Et pas seulement en termes de vêtements. Depuis "l'Art de la Simplicité" de Dominique Loreau jusqu'au blog The Minimalist Path de David Damron, ceux qui se sont essayés à cette quête de l'épure sont nombreux. Dans mon cas, tout est parti d'un pari lancé dans la foulée d'un shopping londonien qui avait dérapé: trop de livres sterling dépensées, des vêtements à l'étroit dans mon placard et une vague impression de "vide dans l'abondance". Ce jour-là, j'ai promis à une copine "de ne plus rien acheter jusqu'aux soldes". Nous étions en février. Très vite, ce vœu d'abstinence a commencé à me peser. D'autant que si, par miracle, j'y parvenais, que risquait-il d'arriver? Une razzia aux soldes de juillet, bien entendu. L'effet yoyo du régime, version mode. Pour tenir le coup, il me fallait un concept. Comme celui de réduire ma penderie à 100 pièces maxi. A première vue, l'idée est simple: chaque nouveau vêtement ou accessoire acheté doit remplacer une pièce usée ou qui n'est plus tendance.

 

 

 

30 kilos par an


 

Première phase: le tri du dressing. Première constatation: épurer, c'est difficile. D'abord parce qu'à quelques rares exceptions près, nos armoires débordent. Selon une étude menée par l'analyste Lucy Siegle, une femme achète, en moyenne, 30 kilos de vêtements par an. C'est-à-dire 4 fois plus qu'il y a 30 ans. La faute à l'explosion du fast fashion qui nous a permis d'acheter moins cher mais en plus grande quantité. A la rédaction de Gael, mes collègues rigolent. C'est vrai que 100 pièces, ça semble énorme. En faisant l'inventaire de leur propre dressing (ce que je vous invite à faire illico), elles doivent se rendre à l'évidence: ce chiffre, pièces d'été et d'hiver confondues, accessoires compris, n'est pas si exubérant que ça. Une courageuse copine m'a même avoué posséder....25 jeans dans sa penderie.

 

 

 

Cigale et fourmi


 

La phase de sevrage a duré de février à... fin août. Je ne vais pas vous faire croire que j'ai vidé mon dressing en une fois, ni que je n'ai rien acheté pendant six mois. Mais ce qui m'a sauté aux yeux en faisant cet exercice, c'est que les femmes entretiennent un rapport cigale/fourmi avec leur penderie. D'un côté, nous achetons (parfois) de manière peu raisonnable et souvent sans aucune préméditation. D'un autre, nous conservons nos affaires comme un écureuil qui fait ses provisions avant l'hiver. Une chose est sûre: s'essayer à ce concept des 100 pièces n'exclut pas de vivre avec son temps, c'est-à-dire à une époque où le marketing fait loi. Chaque saison, les créateurs créent des nouveautés sublimes qu'une couverture marketing impitoyable rend irrésistibles. Avoir de nouvelles envies en permanence, c'est donc presqu'inévitable.

 

 

 

Juste équilibre


 

Si j'ai poussé l'expérience jusqu'au bout, c'est justement pour voir comment je pouvais trouver le juste équilibre entre shopping plaisir et refus de surabondance. L'une des composantes de cette balance fragile, c'est le temps. En observant ma manière d'acheter, j'ai réalisé que j'avais tendance à sauter des étapes. Du coup, j'ai tenté de prendre un peu plus de recul par rapport à mon dressing. Le secret: s'accorder suffisamment de temps pour faire les bons choix. Si nous sommes parfois perdues au milieu de montagnes de vêtements, c'est justement parce que nous ne sommes pas capables de trancher: la botte cavalière ou celle à talon? La robe en soie imprimée ou la tunique en daim? A ce niveau, chaque femme est évidemment libre d'établir des critères de choix qui lui correspondent. Dans mon cas, l'addition gagnante, c'est: qualité des matières et des coupes + parfaite adéquation entre mon dressing et mon mode de vie + fidélité à quelques boutiques dont la sélection me permet de construire un dressing cohérent.

 

 

 

Bonne pioche


 

Pour que ce dressing idéal ait du sens, il est indispensable qu'il vous ressemble. Si c'est le cas, les combinaisons entre les pièces iront de soi. Un exemple: l'année dernière, sur le conseil d'une patronne de boutique, j'ai définitivement mis un terme à ma quête du sac parfait. Si, ce jour-là, la rusée a réussi à me faire acheter un cabas + une pochette d'un coup, elle a simplifié mon quotidien une fois pour toutes. Dans la pochette, je glisse mes papiers, mes cartes et mon portable. Le reste (y compris ce mini sac) trouve sa place dans le grand. Le soir, j'abandonne le cabas et je ne garde que mon adorable clutch en veau plissé. Moralité: je n'ai plus que deux sacs dans mon dressing et... aucune envie d'un troisième.

 

 

 

Terrain miné


 

Il m'arrive encore de faire de mauvaises pioches. Comme ces mocassins en cuir dénichés un jour de soldes. Aussitôt achetés, aussitôt regrettés. D'abord parce que lesdites chaussures n'entraient pas (calcul à l'appui) dans mon dressing 100 pièces. Ensuite parce que je n'en avais pas rêvé avant. Ce n'est pas en 5 minutes qu'on peut savoir si un vêtement correspond vraiment à ce que l'on cherche. J'aurais pu anticiper en m'accordant ne serait-ce que quelques minutes de réflexion. Souvent, il n'est même pas nécessaire de quitter le magasin. Un rapide coup d'œil aux nouveautés me suffit désormais à réaliser que des sandales sont effectivement super bradées mais... que je n'ai pas besoin de sandales puisque mon dressing idéal en contient déjà une paire.

 

 

 

Le cas Bekket


 

Constituer mon dressing idéal m'a aussi permis de prendre conscience de certains aspects de ma personnalité. L'enthousiasme et l'impulsivité, notamment. Des traits de caractère qui me poussent à la découverte, même si je sais désormais que tout ce que je trouve magnifique n'a pas forcément sa place dans ma penderie. Si j'aime toujours autant shopper et m'immerger dans l'univers des marques et des créateurs, je m'en tiens à ces 100 pièces que je chouchoute et renouvelle avec davantage de modération. L'un de mes derniers coups de cœur? Des baskets automne/hiver malheureusement déjà épuisées. J'ai failli craquer pour une paire au look similaire, avant de me raviser: les Bekket noires d'Isabel Marant seront rééditées la saison prochaine. Ce budget, je vais donc le consacrer à une autre pièce, plutôt que de me consoler avec un modèle «bis» qui aurait juste contribué à encombrer mon dressing et... mon cerveau. Parce qu'au final, le principal avantage de ce top 100 est de se sentir chic et bien habillée sans vraiment devoir y penser. Plus de vide dans sa penderie = plus d'espace libre dans sa tête. A vous de voir ce que vous allez faire de ce bonus insouciance. Moi, je vais commencer par m'amuser à opérer un tri dans le dressing de mes copines. Bienvenue au club des 100.

 

 

 

Sources

 

L'art de la Simplicité, Dominique Loreau (Robert Laffont, 2005).

 

To die for: is fashion wearing out the world? Lucy Siegle (Fourth Estate, 2011).

 

The Minimalist Path de David Damron ou comment réduire ses possessions à 100 pièces... et pas que des vêtements!

 

Vêtements propres - Trucs et astuces de A à Z de Claudine Wayser (Solar Editions).

 

+++++ FAQ ++++

 

 

 

 

Ce concept est-il vraiment pour moi?

 

L'objectif de ce dressing idéal n'est pas de cadenasser sa penderie, ni de briser la part de rêvée liée au shopping. Chaque femme est libre d'interpréter ce concept comme elle l'entend. Les mordues de tendances peuvent, par exemple, réduire leur dressing à 20 pièces et le renouveler complètement chaque saison. Les conservatrices garderont peut-être leurs 100 pièces plusieurs années en chouchoutant leurs basiques. A ce niveau, le guide "Vêtements propres" de Claudine Wayser est une vraie bible.

 

Ne faut-il opter que pour du griffé?

 

Si vous aimez certaines signatures confirmées, synonymes de belles coupes et de matières soignées, foncez. D'autant qu'en limitant le nombre de pièces, vous pouvez les acheter sans culpabiliser. Nous avons par exemple rencontré une fan de Margiela qui préfère, budget oblige, s'offrir deux pièces par saison, plutôt que 15 vêtements bon marché. Pour un jeans, vous pouvez toutefois shopper chez H&M ou Zara. Leurs coupes sont tout à fait à la hauteur de votre dressing idéal.

 

Comment trouver la motivation?

 

Nous avons toutes une bonne raison d'épurer: philosophique ("je veux cesser de me disperser et arrêter de surconsommer"), pratique ("je déménage dans un mois"), financière ("à force de trop acheter, je n'ai jamais le budget pour investir dans une belle pièce") ou psychologique ("j'ai l'impression de ne rien avoir à me mettre, alors que mon placard déborde").

 

Que faire si je ne sais par jeter?

 

Si vous avez du mal à trouver un angle d'attaque, plusieurs solutions sont envisageables: demandez à une copine plus radicale que vous de vous aider à trancher ou notez, jour après jour, ce que vous portez jusqu'à arriver à 100 pièces différentes. Ce que vous n'avez pas enfilé au bout d'un mois n'a pas sa place dans votre dressing idéal. En d'autres termes, ne gardez que ce que vous ADOREZ.

 

J'aime les pièces exubérantes. C'est grave?

 

A première vue, cette approche minimaliste exclut le principe de fantaisie. Vous rêvez tout de même d'un boa en renard orange griffé Rykiel? Pas de problème. A condition de vous en séparer avant de craquer pour une écharpe imprimée python. Ce principe vaut aussi pour les fans de vintage qui peuvent remplacer un blazer basique par une veste Chanel dénichée dans une boutique de seconde main.

 

100 pièces? Mais je n'aurai rien à me mettre!

 

15 chemises/tops + 7 pantalons + 7 robes + 7 jupes/shorts + 10 paires de chaussures + 3 foulards + 1 paire de gants + 4 ceintures + 7 pulls + 15 t-shirts + 5 manteaux + 5 vestes + 3 sacs + 2 maillots de bain + 2 chapeaux + 7 sets de lingerie = une infinité de combinaisons possibles.

 

Je suis une acheteuse compulsive. Ça se soigne?

 

Vous êtes du genre à foncer chez Zara à la moindre contrariété? Rassurez-vous: vous n'êtes pas seule! La bonne nouvelle, c'est que ce dressing idéal va vous permettre de donner une légitimité à votre prochain émo-shopping. A condition de le planifier. Vous n'avez que 6 pantalons au lieu de 7? Vos escarpins sont défraîchis? Faites une liste des pièces dont vous rêvez ou dont vous avez besoin. Au prochain coup de mou, foncez.

 

Que penser des nouveaux dressings "clé en main"?

 

Une poignée de marques se sont lancées dans le dressing "clé en main", comme weareultra qui propose une collection capsule de 10 pièces interchangeables censées vous permettre de vous habiller 365 jours par an. Dans un esprit éthique et durable, vous pouvez les renvoyer à tout moment pour les faire réparer ou les recycler. Plus gadgets que vraiment convaincantes, ces collections sont à réserver aux aventurières de la mode. Quelle femme a vraiment envie de se limiter à un seul style, une seule marque, un seul concept? weareultra.com.

 

Comment mieux gérer mes virées shopping?

 

Si vous avez du mal à cadrer vos envies, copiez les femmes dont vous admirez le style. En vous inspirant de leurs "tics de penderie", vous serez moins tentée de papillonner. Si, comme Ines de la Fressange, vous ne portez que des ballerines, inutile de craquer pour une paire d'escarpins. Vous ne vous sentez bien qu'en noir et gris? Arrêtez de croire que vous allez subitement aimer porter un pull en lurex rose.

 

J'achète sur le net. Ce concept me concerne aussi?

 

Le shopping en ligne est parfois synonyme d'achats impulsifs. Pour éviter un fashion faux-pas, jetez un coup d'œil à la rubrique "Essentials" du site netaporter.com. Vous y trouverez une foule de déclinaisons autour de 10 basiques (le jeans, la chemise blanche, le pull V, le blazer...). L'autre point fort du site, c'est l'application qui permet de se constituer son dressing virtuel composé des pièces shoppées sur le site.

 

Comment éviter de me tromper?

 

En respectant la "règle des 7" : 1. Est-ce que cette pièce me plaît réellement? 2. Est-ce qu'elle est confortable? 3. Est-ce qu'elle me flatte vraiment? 4. Est-ce qu'elle manque dans mon top 100? 5. Est-ce qu'elle correspond à mon style de vie? 6. Est-elle éthique? 7. Est-ce que la personne qui m'accompagne me trouve belle dedans? Plus vous ajoutez de critères, moins vous aurez tendance à craquer pour une pièce qui ne cadre pas avec votre dressing idéal.

 

Les bijoux, ça compte?

 

Ce dressing idéal ne tient pas compte des bijoux. Mon conseil: privilégiez quelques belles pièces. De préférence celles qui ont une valeur sentimentale. Complétez cette série limitée par une ou deux breloques plus mode. A la fin de chaque saison, troquez-les contre des modèles neufs.

 

Après un mauvais achat, je fais quoi?

 

Vous n'avez pas respecté la "règle des 7" (voir cadre précédent)? Inutile de culpabiliser. Si, au bout d'une semaine, vous êtes toujours convaincue que cette pièce ne cadre pas dans votre dressing idéal, vendez-la. Vous ne récupérerez pas votre mise de départ, mais vous repartirez sur de bonnes bases.

 

Quid des tenues de soirée?

 

A priori, les robes de cocktail n'entrent pas dans un dressing 100 pièces. Si vous avez l'occasion d'en porter souvent, optez pour un beau modèle en soie. Mieux vaut être vue deux fois avec la même robe de rêve, plutôt qu'avec deux tenues moins sublimes. Vous pouvez aussi opter pour la location ou la seconde main.

 

Et si je revendique mon statut de fashionista?

 

Etre une reine de la mode n'exclut pas la constitution d'un dressing idéal. Si vous avez le chic pour dégotter éditions limitées et autres exclusivités, ne vous privez pas: elles ne ressortiront que mieux parmi vos autres trésors. Petit rappel: les trésors en question se limitent évidemment au nombre de 100.

 

 

 



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