Ce qu’il y a de magique dans l’oeuvre de Mady Andrien, c’est que chacun (passionné d’art ou simple passant) peut trouver dans ses sculptures un petit bout de son histoire en cité ardente. ElleinLiege a rencontré cette artiste généreuse et vraie dans sa maison des hauteurs de Liège. Au milieu de ses sculptures et des toiles de dizaines d’autres artistes, elle nous a dévoilé quelques tranches de vie. Bienvenue chez elle!
Les joggeurs du parc de la Boverie croisent régulièrement Le Rameur (1998) qui les interpellent depuis son embarcation de bronze. Les patients de l’hopital de la citadelle peuvent observer La Piscine (1976) et ses nageurs paisibles depuis leur fenêtre. Les clients de la Galerie Opera voient virevolter Les Danseurs (1981) colorés et majestueux. Les deux personnages qui jouent à Saute‑Mouton (1973) place des Carmes gardent un oeil sur les amoureux qui se bécotent sur un banc à proximité. Les principautaires (1992) d’acier marquent de leur emprunte ce coin si pittoresque de la cité, à deux pas des impasses magiques du vieux Liège....
Mady Andrien est là où on ne l’attend pas. Depuis plus de trente ans, elle balaie les gens et leurs attitudes avec une grâce et un humour qui ne cesse de nous ravir. A 14 ans, elle entre aux Beaux-Arts. Pour plaire à maman, elle deviendra prof de dessin mais, dans sa tête, le virus de la sculpture est déjà là et ne la quittera plus. Mady Andrien scrute le monde et nous renvoie une réalité revisitée: entre poésie et ironie. Lorsque ses touristes de terre écoutent sagement le guide, un petit bonhomme regarde ailleurs, l’air songeur. Le Nanti, assi sur deux chaises, au coeur du musée en plein air du Sart‑Tilman, a gardé un petit quelque-chose d’humain sous des apparences hautaines et détachées.
Nous sortons tous, à un moment ou un autre de notre vie, de la terre sculptée par Mady Andrien. C’est peut-être pour celà que ses couples d’amants sont si touchants. Des baisers, des attitudes érotiques qui nous renvoient à un sentiment d’amour ou de passion que l’on garde jalousement dans un coin de son jardin secret. Les regards de ces amoureux sont touchants, brûlants, fascinants mais toujours spontanés. Mady Andrien aime la terre car elle peut la travailler de manière immédiate et sans détour.
Les histoires qu’elle nous raconte sont aussi les siennes. Les nageurs de la Citadelle constituent un tournant de sa vie: un jour, Mady décide d’arrêter de fumer et apprend à nager. Ce nouveau souffle, elle veut le partager avec les patients de l’hôpital. Le partage, c’est aussi ce qui a dicté sa carrière de professeur de sculpture. Parmi ses anciens élèves, on peut citer Halinka Jakubowska qui a crée la fontaine (si contestée) de la place Saint Lambert, Marie Dewez et bien d’autres.
Quelle place occupe les femmes dans l’univers de Mady Andrien? Jeune, elle avoue avoir passé plus de temps avec les hommes qu’elle jugeait plus intéressants. Et aujourd’hui? « Tout a changé. Les femmes sont de plus en plus passionnantes et passionnées. Elles peuvent tout faire: s’affirmer en tant que femme ou artiste engagée, tout en s’arrêtant sur des choses légères et futiles »...