ElleInLiege

SOMEWHERE

    Chantal Duchateau

    Chantal Duchateau

    F.A.R. : trois lettres qui en disent...loin

     Promouvoir la croissance économique au travers d'initiatives féminines, c'est le pari du Ministère de la Famille et de l'Entreprenariat féminin, créé à Dakar en 2002. Dans son sillage, un partenariat entre le Sénégal et la Communauté Wallonie-Bruxelles a pu voir le jour, ainsi que la naissance du réseau F.A.R. Sénégal. Preuve que lorsque les femmes se mobilisent, ça peut les mener très... loin.

    Mariama, Hermione, Coumba, Aïssa, Ndèye, Absa, Djésétou, Massatoura, Maïmouna...9 femmes rassemblées dans un auditoire du centre Formation PME Liège, un matin de septembre. Pour ces chefs d'entreprises actives dans la confection, le nettoyage professionnel ou la transformation de produits alimentaires, cette semaine de formation en Cité Ardente touche à sa fin. Parmi les participantes, Marème Cissé Thiam, la porte-parole de la délégation, balaie la salle d'un sourire bienveillant. Professeur à l'université de Dakar, elle aurait voulu être avocate. Sa mission actuelle n'en est pas moins noble. Directrice de l'Entreprenariat Féminin au Ministère de la famille, c'est elle qui chapeaute le projet dans sa globalité. Ce rapprochement féminin entre l'Afrique et la Belgique est né en septembre 2005, à Tunis. Au cours d'un séminaire organisé par la Banque Africaine du Développement, Marème rencontre Chantal Duchateau (photo en milieu d'article), responsable des relations internationales hors UE au sein de la formation PME Liège. Le projet prend forme et se concrétise, en juillet dernier, par une première prise de contact sur le sol africain. Chantal Duchateau et Bénédicte Phillippart de Foy partent au Sénégal pour y dispenser une série de séminaires de stratégies commerciales. Fondatrices et membres de F.A.R. (Femmes Actives en Réseau), les deux belges tentent, dans la foulée, de sensibiliser les sénégalaises aux bienfaits du réseautage et de la mise en commun de compétences et d'expériences. Bingo: F.A.R. Sénégal était né.

     Retour dans cet auditoire inhabituellement coloré des hauteurs de Liège. Les robes traditionnelles de certaines participantes  témoignent de l'élégance sénégalaise. La confection est d'ailleurs l'un des marchés clé pour les femmes africaines qui décident de se lancer dans les affaires. Un peu fatiguées par une semaine intensive de séminaires et de rencontres, les chefs d'entreprise se concentrent néanmoins sur le jeu de rôle initié par Joséphine Rodriguez, la formatrice. Dans quelques semaines, une autre délégation arrivera de Dakar. Cette fois, il s'agira de femmes actives dans des entreprises exportatrices. Il est important de noter que la plupart des produits sénégalais qui partent pour l'étranger, sont commercialisés par des hommes.. Pour éviter qu'ils ne prennent le relais au terme de la fabrication ou de la transformation des produits, il est essentiel d'aider les femmes à développer leur réseau relationnel et à se vendre, tant sur les marchés nationaux qu'internationaux. Les outils sont nombreux mais encore trop peu exploités à l'heure actuelle: gestion des ressources humaines, maîtrise des volets commerciaux et administratifs de l'entreprise, techniques de communication et de marketing mais aussi des aspects du développement personnel encore peu connus en Afrique, comme un atelier en «Stratégie de l'Audace» qui a eu le mérite d'offrir aux Sénégalaises un regard neuf sur le management d'entreprise.

      Jusqu'à présent, la plupart des sénégalaises qui ont réussi à s'imposer dans les affaires sont actives dans l'import. Or, comme le rappelle Marème, «elles importent des produits déjà présents en quantité suffisante sur le marché national.» L'un des enjeux de la formation est de leur permettre de formaliser leur démarche pour donner une base solide à un savoir-faire qui ne demande qu'à être exploité. En milieu rural, les femmes représentent 70% de la population active. Ce sont elles qui assurent 80% de la production agricole.  Si le savoir-faire est bien là, c'est dans la formation technique plus pointue et dans l'insuffisance des fonds de roulement que se situent le noeud du problème. Sans parler, bien sûr, du taux d'analphabétisme toujours aussi inquiétant et d'un environnement socioculturel peu enclin aux initiatives féminines. Ce  projet long de deux ans qui s'inscrit dans le cadre de la coopération bilatérale entre le Sénégal et la Région Wallonne a déjà débouché sur de petites victoires non sans importance. Si, à moyen terme, l'objectif  de ce partenariat est la création d'un centre d'affaires spécifiquement dédié aux femmes et visant au partage d'expériences entre chefs d'entreprises, le récent intérêt des médias sénégalais pour des projets modestes en milieu rural est un signe clair attestant de la crédibilité croissante de l'entrepreunariat féminin.

    En l'espace de deux ans (le projet a démarré début 2007), Chantal Duchateau et Marème Cissé Thiam vont orchestrer quatre missions au Sénégal, ainsi que la venue en Belgique de quatre délégations de femmes. Au delà des différences culturelles, de la fatigue du voyage et des difficultés pratiques que ces déplacements peuvent représenter, toutes les femmes chefs d'entreprise présentes à Liège ont pris pleinement conscience de l'importance de tisser une toile relationnelle transfrontalière. Bien plus qu'un groupe de lobbying comme il en existe tant en Afrique, le projet de formation, ainsi que la déclinaison africaine du réseau F.A.R., se veulent résolument tournés vers les échanges et le partage. Ce n'est pas Chantal et Marème qui diront le contraire. Complices et complémentaires, leur collaboration flirte désormais sur la vague de l'amitié. Marème avoue même avoir été surprise de constater que les Africains n'avaient pas le monopole de la générosité. «Je m'attendais à beaucoup plus d'individualisme de la part des européennes» avoue celle qui, lors du jeu de rôles, s'est décrite comme un oiseau, prête à franchir des montagnes». Pas de doute: pour ces femmes, le voyage vers le développement professionnel et personnel ne fait que commencer. Lorsqu'on «réseaute» dans un groupe de femmes baptisé F.A.R., on ne peut qu'aller très loin, de toutes façons! 
    Le réseau F.AR., c'est aussi un blog: far-network.skynetblogs.be/