L'histoire du Veneto
est avant tout une histoire de famille: une tranche de vie que l'on
déguste comme un quartier de Panetone: sur un coin de table, sans
sortir le nappage blanc et les verres en cristal. Mais avec le sourire
et des souvenirs plein la tête. ElleinLiege a rencontré Liliane
qui régale les Liégeois de son osso bucco depuis un demi siècle et sa
fille, Anne-Marie qui l'accompagne dans cette aventure sous le signe de
l'art, du partage et de la discrétion.
Cette
histoire est intimement liée à l'immigration et au destin d'une jeune
italienne. Liliane, arrivée à Liège en 1948, juste après la guerre,
épouse, quelques années plus tard, Bruno, originaire du même village du
nord de la botte. Dans les années 50, le couple est l'une des premières
familles à posséder une machine à espresso. Cette maison de la rue de
la Madeleine devient vite le rendez-vous des profs de l'université
toute proche mais aussi une cantine pour les immigrés italiens à la
recherche de leurs racines.
Les
étudiants étrangers viennent dévorer le risotto ou les escalopes de
Liliane et terminent les soirées à la guitare autour de ce qu'on
pourrait appeler une table d'hôte avant l'heure. Au Veneto, on mange
mais on demande aussi du cirage ou un bouton pour une chemise qui a
déjà trop bourlingué. De fil en aiguille, Liliane et Bruno fidélisent
ainsi la première des quatre générations qui se sont succédées au
Veneto: des ouvriers italiens, des politiciens, des artistes, des
membres du barreau de Liège: un mélange de genres, de langues et de
dialectes qui a fait la richesse du lieu. L'écrivain Alexis Curvers
aurait d'ailleurs trouvé ici l'inspiration pour les personnages de son
roman Tempo di Roma.
Dans les années 60, Anne-Marie,
adolescente, rejoint ses parents en salle. Pour elle, le Veneto, c'est
une école de la vie. Elle y a rencontré des artistes et des
intellectuels d'horizons très divers. Les côtoyer au quotidien lui a
permis de se construire un univers très riche. "Les habitués du Veneto,
c'est une famille agrandie", explique t'elle en évoquant des noëls où
le resto accueillait les italiens du quartier qui venaient partager un
panetone et un verre de vin chaud.
Cette histoire, longue de plus
d'un demi siècle, c'est avant toute une tradition orale. Ici, pas de
menu, ni de carte: juste quelques plats du jour à choisir, comme à la
maison. Si Anne-Marie est débordée, les hôtes dressent leur table,
mettent la main à la pâte, comme dans les années 50, lorsque les
clients filaient en cuisine choisir leur plat pour venir en aide à la
jeune serveuse qui ne parlait pas français. Si vous connaissez un
habitué du Veneto, il y a fort à parier qu'il choisisse 'son jour' en
fonction de ses plats préféres: le jeudi pour l'osso bucco ou le
vendredi pour les boulettes de Lilane.
Le Veneto est ouvert les
jeudis, vendredis, samedis et dimanches (le midi et le soir) mais ne le
criez pas trop fort: les habitués pourraient vous en vouloir.
LE VENETO
Rue de la Madeleine, 19 à Liège
O4/ 223 32 97